Être ou ne pas être dans ce cénacle prestigieux. Les candidats sont plus nombreux que les heureux élus et les dossiers de candidature sont imposants par leur contenu, leur degré de précision, la somme d’intelligence collective déployée pour les monter. Pour un vignoble, un ensemble de savoir-faire ou de traditions transmises… être reconnu a Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO représente le graal. Trois vignobles français et leur environnement en font partie.
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Le Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO
Selon la définition de l’UNESCO « Le patrimoine culturel ne s’arrête pas aux monuments et aux collections d’objet. Il comprend également les traditions ou les expressions vivantes héritées de nos ancêtres et transmises à nos descendants, comme les traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, rituels et évènements festifs, les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers, ou les connaissances ou le savoir-faire nécessaires à l’artisanat traditionnel. Bien que fragile, le patrimoine culturel immatériel est un facteur de maintien de la diversité culturelle face à la mondialisation croissante. Avoir une idée du patrimoine culturel immatériel de différentes communautés est utile au dialogue interculturel et encourage le respect d’autres modes de vie ».
Les 3 vignobles français distingués à ce jour
En décembre 1999, Saint-Émilion est le premier vignoble français inscrit au Patrimoine Mondial de l’humanité sous le vocable plus large de juridiction de Saint-Emilion. Cette inscription au titre de paysage culturel est alors une première mondiale. Il ne s’agit pas du seul vignoble mais de l’ensemble patrimonial constitué par la cité médiévale de Saint-Emilion et des 7 villages environnants. La reconnaissance de plus de 800 ans d’une aventure humaine qui a su s’inscrire dans le territoire pour y vivre, dans l’absolu respect de la culture des terres, du développement de la cité, de la construction de maisons d’habitation et d’édifices religieux, en parfaite harmonie avec la topographie des lieux.
Le 4 juillet 2015, les Coteaux, Maisons et Caves de Champagne font leur entrée dans la précieuse liste mondiale de l’héritage commun de l’humanité dans la catégorie des paysages culturels évolutifs vivants. Le périmètre est très précis. Il s’agit des coteaux historiques du Cumières à Mareuil-sur Aÿ, de l’avenue de Champagne à Epernay ainsi que de la colline Saint-Nicaise à Reims. Avec cette inscription, c’est la Valeur Universelle Exceptionnelle du paysage culturel viticole champenois ayant donné naissance au vin de champagne qui est reconnue. Mais également l’ensemble du travail d’élaboration et de diffusion, transmis et préservé depuis l’origine.

Le même jour, soit 9 ans après l’acte fondateur de candidature, Les Climats de Bourgogne accèdent également à cette reconnaissance au titre des biens culturels. Pour être inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, un site candidat doit justifier d’une « Valeur Universelle Exceptionnelle » (VUE), c’est-à-dire d’une importance culturelle telle qu’elle dépasse largement les frontières de son propre pays, se transmet de génération en génération, et mérite d’être reconnue à l’échelle mondiale. Elle ne célèbre pas uniquement des terroirs Ce site culturel sans équivalent avec ses 1247 climats a été façonné par l’homme depuis des siècles : un patrimoine bâti exceptionnel lié à la culture de la vigne et à la volonté des moines bâtisseurs. En visitant récemment le château de Clos de Vougeot, j’ai pu mesurer toute la dimension à la fois économique, patrimoniale et culturelle qui se transmet de siècle en siècle dans un absolu respect de ce qui est du aux fondateurs.


Chez nos proches voisins
En Suisse, les spectaculaires vignes de Lavaud installées en à pic du lac Léman font partie de ce classement prestigieux, de même que le vignoble de la Vallée du Douro au Portugal, ou les paysages viticoles du Piémont en Italie. 11 vignobles européens sont aujourd’hui inscrits dans cette liste.

Les savoir-faire du cognac
L’association Les savoir-faire du cognac a été créée pour constituer un dossier de candidature. Sa démarche participative et plurielle rassemblant un grand nombre d’acteurs de terrain vise à faire reconnaître “l’identité Cognac” au Patrimoine Culturel Immatériel,. La démarche est longue et demande de l’expertise car le choix de la catégorie dans laquelle le candidat veut être reconnu est cruciale. Il en existe plusieurs et l’erreur peut être rédhibitoire.
Après la longue première partie de recensement des pratiques et de recueil de témoignages, le dossier constitué a donc franchi avec succès la première étape, celle de la reconnaissance nationale. Il est en effet indispensable d’être reconnu et inscrit au Patrimoine culturel immatériel français pour espérer ensuite être choisi pour représenter la France dans cette course de fond mondiale et espérer faire partie des heureux élus.
Ces dossiers, quels qu’ils soient, s’élaborent et franchissent les différentes étapes (ou non) sur de nombreuses années. Le prisme retenu par Les savoir-faire du cognac pour son dossier est le suivant : “L’ensemble des savoir-faire de l’élaboration des Cognacs, expérience de sauvegarde globale et collective des aspects culturels, économiques et environnementaux des pratiques locales au service du développement du territoire”. L’ambition patrimoniale de l’association porteuse du projet largement partagée par le territoire, est de faire découvrir les gestes, les pratiques, les transmissions, le respect du temps long… qui se cachent derrière un nom mondialement connu. Pour en savoir plus c’est ici



La reconnaissance d’un art de vivre et de transmettre
La reconnaissance par l’UNESCO de ces trois vignobles français, qui ne sont pas les derniers, espérons-le, ne célèbre pas seulement des paysages ou des techniques, mais bien une culture nationale enracinée dans l’histoire et l’identité collective. Depuis l’Antiquité, la vigne façonne les territoires, les traditions, ainsi que la langue française. L’UNESCO ne célèbre pas le vin en tant que tel, mais comme l’expression de pratiques, de respect de l’œuvre accomplie par les hommes depuis dès siècles. Elle y lit une mémoire collective de transmission, des paysages singuliers, une manière bien française de lier nature, temps, culture et arts .


